20/10/2013

Contes de la bécasse, Maupassant


Résumé : Maupassant, adepte du recueil de nouvelles, nous livre ici une kyrielle de récits aux thèmes variés. Entre adultère et horreurs de la guerre franco-prussienne, en passant par les histoires de la campagne normande, il y en a pour tous les goûts. Préparez-vous à passer du rire aux larmes, de l’amour à la haine, au travers d’anecdotes normandes malicieuses et moralisatrices.

Ce cochon de Morin : Le recueil commence doucement avec une histoire sympathique. Morin est à la fois odieux, mais aussi à plaindre. Tout au long du récit, on ne sait sur quel pied danser.  Le narrateur, quant à lui, se noie tantôt dans l’incorrection, tantôt dans la ruse. La fin nous tient en haleine tant on se demande ce qui va advenir de ce-dernier, mais aussi du personnage éponyme. Une lecture agréable qui nous rappelle que, qu’importe nos actes, nos actions passées ne sont jamais loin derrière nous…

La Folle : Le cadre de la guerre franco-prussienne de 1870 accouplé au thème de la folie et de la mort change tout de suite la donne. Bien que courte, la nouvelle est édifiante et l’horreur présentée m’a glacé le sang du début à la fin. Impossible de poser un avis sur ce récit : on ne peut pas dire qu’il séduit, mais pour sûr, il amène à s’interroger. A mon sens, l’acte commis dépasse la méchanceté gratuite et frôle la barbarie. L’ultime phrase est à méditer longuement…

Pierrot : Maupassant décrit ici à merveille la paysanne prétentieuse de l’époque qui rêve de quitter la province pour gagner Paris, affriolée par les toilettes clinquantes et la richesse démesurée. L’aversion pour Mme Lefèvre est impossible à éviter, tout comme l’empathie à l’égard de sa pauvre servante, Rose. Les défenseurs de la cause animale pousseraient des cris d’horreur à la simple lecture de ces quelques pages. De mon point de vue, on frôle également la cruauté et il en est de même que pour La Folle, la méditation est la clé du récit.

Menuet : La tristesse est toujours au rendez-vous, même si le titre évoquant la danse laisse penser le contraire. La douleur est néanmoins atténuée et l’histoire moins choquante. On arrive même à sourire quand le petit vieillard entame quelques pas chassés dans la pépinière du Luxembourg. Un récit qui laisse souffler un peu, après ces histoires successives un peu troublantes. La question finale du narrateur reste en suspens, mais c’est à vous d’y répondre…

La Peur : On se trouve directement confronté à un titre qui en dit long. Le départ est un peu mou et peut décevoir, mais il faut continuer et, au bout de quelques pages de lecture, tout s’accélère. Les sentiments de terreur sont parfaitement décrits et le lecteur vibre à chaque fin de phrase. On se demande si le narrateur sombre dans la folie, ou si son aventure est réelle. En tout cas, elle vous glacera le sang !

Farce normande : Voilà une histoire un peu plus gaie ! Le thème du mariage de riches fermiers reste peu original, mais l’histoire prête à sourire. La description de la réception quelque peu rustique est bien menée : eau-de-vie, femmes engoncées dans leurs corsets trop serrés, et langage de braconnier suffisent pour amuser.  La chute est cocasse et illustre parfaitement l’adage enfantin « Qui va à la chasse perd sa place. ». Une nouvelle agréable et semblable à une bouffée d’air frais parmi les maux dévoilés dans ce recueil.

Les sabots : Une nouvelle un peu molle, sans grand intérêt à mon sens. Le sujet n’est pas très élaboré. La jeune Adelaïde représente l’idiotie même, ce qui prête à sourire parfois et rend l’histoire un peu plus dynamique. La stratégie de M. Omont pour attirer la jeune fille est amusante, quoi que largement perverse. Une conclusion mitigée sur ce récit, il ne s’agit pas du meilleur écrit de l’ouvrage, ni de l’auteur en général.

La Rempailleuse : Retour au récit tragique et triste. A travers le couple Chouquet, Maupassant émet une large critique à l’encontre des personnes qui tirent profit des choses, sans scrupule aucun. Le but est d’attiser la haine du lecteur, ce qui se fait sans difficulté : ces personnages sont odieux. Il faut aussi en tirer une morale : ne jamais donner son amour à celui qui ne le mérite pas. Un beau récit qui amène à la réflexion…

En mer : Il s’agit sûrement de la nouvelle qui m’a le moins séduite dans ce recueil. Le domaine maritime et les termes qui lui sont propres ne m’ont pas attiré car trop technique à mon goût. Une lecture un peu décevante sur ce point. Toutefois, derrière ce décor, se cache à nouveau une morale qui, malgré mon manque d’entrain, ne m’a pas échappé : attention à ceux qui préfèrent sauver leurs biens plutôt que leurs frères…

Un Normand : L’histoire est amusante, principalement grâce au père Mathieu, chargé de la chapelle abritant la statue de « Notre-Dame du Gros Ventre ». Les péripéties mineures sont compréhensibles et intéressantes, mais Maupassant titille la curiosité du lecteur tout au long du récit sur un point qui semble important, pour l’évincer totalement au moment de la chute. De ce fait, on se demande où a voulu aller l’auteur et on reste sur notre faim…

Le testament : Ce récit nous donne une belle leçon de vie sur les liens familiaux, à travers le testament de Madame de Courcils, femme dévouée à sa famille tout au long de sa triste vie, sans recevoir la moindre récompense. Encore une fois, Maupassant ne se lasse pas de nous faire la morale, et cette histoire vante les mérites de nos mères, ce qui est une bonne chose à mon sens dans notre société actuelle qui privilégie les liens indirects.

Aux champs : Le thème de cette nouvelle est peu originale : une femme riche et stérile souhaite adopter l’enfant d’une famille de paysans. Cependant, l’auteur donne un tournant à son récit, qui une fois de plus, pousse à réfléchir sur le respect et la gratitude que l’on doit à nos parents. Au moment de la chute, on se demande quel parti prendre : défendre l’enfant jaloux ou les sentiments d’une mère aimante ?

Un coq chanta : Une nouvelle fastidieuse à lire, au même titre qu’En mer. Je n’ai pas été séduite par les exigences de Madame d’Avancelles, une femme belle, et qui le sait, et de surcroît, indécise sur la position à prendre face à ses nombreux prétendants. Le pire reste pour moi la fin, qui n’a ni queue ni tête et qui laisse le lecteur dans l’incompréhension totale.

Un fils : Quoi de plus normal qu’une discussion entre deux bons amis par une belle journée de printemps ? L’histoire prend un tournant fatidique lorsque l’un se met à parler des enfants illégitimes que les hommes de l’époque pouvaient avoir, sans même en avoir connaissance. L’idée de traiter ce sujet, toujours d’actualité par ailleurs, est intéressante et les péripéties évoquées sont ambigües : on se demande s’il faut plaindre l’homme qui se retrouve face à un fils niais, sans aucun bon sens et fainéant, et qui ne sait quoi faire pour confier sa paternité et aider son enfant incompétent à subvenir à ses besoins. Une agréable nouvelle, toujours aussi moralisatrice.

Saint-Antoine : Maupassant revient de nouveau sur le sujet de la guerre franco-prussienne, mais cette fois-ci, il y inclut les exécutions sommaires et le sentiment d’injustice. Il nous fait ressentir l’idée, trop souvent oubliée, qu’il est intolérable de laisser accuser quelqu’un à sa place, ce qui m’a réellement attiré. Mais, à cette époque, il s’agissait de choisir entre la vie et la mort. Alors, qu’auriez-vous fait à la place de Saint Antoine ?

L’aventure de Walter Schnaffs : Pour la première et dernière fois dans ce recueil, la guerre de 1870 est évoquée, mais cette fois-ci, du côté prussien et d’une manière plus amusante. Walter Schnaffs est un soldat trouillard et gras qui a peine à suivre le rythme des combats. Quand il se retrouve coincé dans un fossé, son unique pensée est de se faire faire prisonnier, ce qui tourne en dérision le récit. Une histoire sympathique qui détend l’atmosphère et clôt le recueil en beauté.

Prix : 2.38 €

Points positifs :
* La présence de morale
* Les sujets évoqués
* L'écriture simple et claire

Points négatifs :
* Quelques nouvelles dont le sens est difficile à cerner

5 commentaires:

  1. J'aime beaucoup Maupassant, et je pense que je ne vais pas tarder à recommencer à lire ses œuvres (quand j'aurai lu tous les livres de ma PAL haha !)
    Ta chronique donne envie de lire ce recueil !

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  2. Vu que ma fille doit le lire, je vais en profiter pour faire une relecture.

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  3. J'adore Maupassant, ce recueil de contes est est fort sympathique même si je préfère ses contes fantastiques ;)

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